Inside Clichy Montmartre : Couvreur, un métier pas comme un autre !


Rubrique mensuelle pour Poker52, Inside Clichy Montmartre, va vous plonger au cœur du quotidien du Clichy-montmartre (CCM). Vivre le poker de l’intérieur, hors des sentiers battus. S’éloigner des carrés d’as à la river, des tournois aux quatre coins de la planète, des décryptages techniques interminables pour se pencher davantage sur l’ambiance d’un cercle parisien. Chaque mois, vous pousserez virtuellement les portes du Clichy-montmartre pour en découvrir une nouvelle facette, inédite.

Ce mois-ci, découvrez le quotidien d’un couvreur, par Steven Liardeaux, auteur de nombreux coverages au CCM pour ClubPoker.

Dernière vérification avant de grimper sur le scooter direction le Cercle Clichy Montmartre pour une nouvelle nuit de coverage écrit : il est 16h15 et comme d’habitude, je suis déjà en retard, à peine réveillé depuis 35 minutes. L’appareil photo est dans sa pochette, le carnet de notes est tout neuf et le stylo Bic fonctionne. Et mince, il faut que j’aille aussi chercher de l’essence. Où est mon téléphone ?! Ouf, j’ai de la batterie. J’en aurai besoin pour faire des Facebook Live. Il ne faut surtout pas oublier le chargeur de l’ordinateur non plus, la nuit s’annonce très longue, et je risque d’en avoir besoin. Mon métier ? Reporter de poker. Je raconte des histoires de cartes, tout simplement. A chaque fois que je me présente, c’est vrai que c’est assez particulier : « Mais ça, c’est ta passion le poker. Ton vrai métier c’est quoi ? ».

« Oui oui, tout à fait, c’est ma passion, et je passe des nuits entières à parler de poker, mais je le fais juste pour amuser la galerie, et gratuitement bien sur… » Evidemment que oui c’est un métier, on se réveille ! Un métier qui demande de l’investissement et de la rigueur vous savez ? Il faut pouvoir maitriser cette langue que Ribéry aime à détruire, il faut enchainer les articles comme les paniers pour Lebron James, il faut être drôle et efficace à la fois, à la Jamel Debbouze. Il faut avoir une grande connaissance du milieu du poker et évidemment, beaucoup de courage et de patience. Ça fait bien longtemps que je ne compte plus mes heures. Il faut aimer ça aussi, aimer parler de coups de poker qu’on observe pourtant à chaque tournoi à l’identique, aimer croiser à chaque fois ces livetards de casinos qui aiment se plaindre pour un banal coin flip perdu. Et d’ailleurs, je peux vous dire d’expérience, que c’est souvent de la faute du croupier tout ça. Et cette recette, elle fonctionne aussi bien sur un tournoi à 300€ qu’un tournoi à 10 000€ l’entrée. Dans tous les cas il faut s’investir de la même manière. Ça tombe bien, je ne l’aime pas, je l’adore ce métier.

Ce soir, le programme c’est de suivre un tournoi du festival Winamax Poker Tour. Je suis seul face à une meute de 350 joueurs. Car oui, désormais ici, on pousse les murs à chaque événement pour satisfaire un maximum de passionnés. Problème pour moi, ces passionnés, je ne les connais pas tous, vu qu’il s’agit d’un petit tournoi à 200€. Problème car je ne sais pas qui suivre, ni qui fera vibrer mes lecteurs. Je tombe tout de même sur quelques réguliers parisiens, jamais les derniers pour hurler à chaque bad beat infligé. Il faut prendre la photo au bon moment, capturer l’instant qui mettra en lumière l’article. Les lumières, parlons en d’ailleurs. Du rouge pour un événement Winamax, du vert pour un événement PMU. Je deviens fou avec mes réglages, et certains joueurs ont l’air de débarquer d’une planète lointaine avec ce visage rouge. Tant pis, je shoote, mon métier de base, c’est de raconter de toute façon. Que se passe-t-il d’ailleurs dans cette salle ? Sur une table, je vois pleins de jetons au milieu de la table. Une joueuse mise, un autre joueur relance. La demoiselle réfléchit longuement. Trop longtemps pour un adversaire, qui appelle le « Time ». Le directeur du tournoi débarque. Ce soir, c’est Mika qui est aux commandes du tournoi, et quand il est là, personne ne bronche et tout roule à la perfection : « Vous avez 1 minutes pour prendre votre décision », lâche-t-il calmement. Madame finit par jeter ses cartes au bout de 45 secondes…et son adversaire lui claque un gros bluff sur la table en s’extasiant. Et clac ! C’est pile le moment que j’ai réussi à immortaliser, et c’est la photo qui ira dans le coverage pour raconter ce coup, le seul qui me paraît un peu hors du commun dans cette salle.

Il faut vite courir au sous sol du CCM, c’est là que la presse est installée, dans des locaux flambants neufs. En me dirigeant vers mon ordinateur, je croise un ancien vainqueur WSOP Circuit Paris. On discute un peu, il veut m’offrir une bière au bar, à l’entrée. C’est gentil, mais j’ai du travail. Je fonce, mais je n’oublierai pas de mentionner sa présence. Grâce à une technologie que seul le CCM propose, j’accède à toutes les informations nécessaires sur un ipad pour trouver les noms des deux joueurs, en moins de 10 secondes. Ils étaient donc en table 32, siège 4 et 8. Il s’agit de Emma Karena et Pierre Grinder. Qui ça ? Aucune idée. Mais on est là pour parler de poker de toute façon, peu importe les acteurs.
Il faut un brin de créativité pour raconter ce coup, vu et revu, et donc raconté et encore raconté. De surcroit, un coup disputé entre deux joueurs inconnus. Mais ce soir, je suis inspiré. Je n’ai pas le choix, il va falloir faire comme ça jusqu’à 5h30 du matin. J’ai besoin d’un titre accrocheur, quelques jeux de mots dans l’article, une bonne photo ou au pire un gif un peu sympa. C’est la recette magique pour faire un post. Puis 10 autres, puis 30 autres, et au final, on a réalisé un coverage.
Il est 5h quand les croissants chauds débarquent au CCM. Ça coute trois fois rien au Cercle de les offrir, et ça ravi le reste des joueurs qui tapent encore le carton à cette heure aussi tardive. Une façon aussi de dire remercier la fidélité de tous ces clients nocturnes. Evidemment, je fourre ma main dans la corbeille pour repartir avec une partie du butin également. Et pourquoi pas ? Moi aussi j’ai passé ma nuit ici.

Il est temps de faire une conclusion. Il est 5h35, et mes lecteurs dorment, j’en suis conscient. Mais à 7h, ils se lèveront, pour être au bureau à 9h. Et devant leur café, il leur faudra un peu de lecture, quelques belles histoires de poker et un brin d’humour, histoire de commencer la journée pied au plancher. J’ai une sacrée mission qui m’attend, et peu de temps pour la réaliser. Je suis fatigué, j’oublie un « s » sur un mot au pluriel, et je me rends compte que ma photo est moyenne. Je dois l’appuyer d’un très bon gif, pour que le lecteur parte avec le sourire, et qu’il ait hâte de me relire dès demain. C’est fait, j’ai fini, je retire mes écouteurs… il n’y a plus personne dans le cercle ! Il est presque 6h40, panique, j’ai peur d’être enfermé. J’entends du bruit à l’étage, ce sont les femmes de ménages qui effacent d’un coup de balai les traces d’une longue journée de poker qui vient de se terminer. Et dans quelques heures, le cercle rouvrira ses portes, comme si de rien n’était. Je plie bagage, il est temps de foncer au lit. Demain est un autre jour, qui sera de nouveau rempli d’histoires de poker. Il faudra être frais et dispo, 15 jours durant. L’objectif est compliqué à réaliser, mais je suis motivé et parfaitement installé ici. Je vais passer plus de temps au CCM que chez moi, et je ne verrai ni mes amis, ni ma chérie. Mais ce n’est pas si grave finalement, parce que j’aime mon métier. Je suis couvreur, et pas peu fier de l’être.

Steven Liardeaux

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